
Reportage France - Paroles de soignants
RFI
Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.
Location:
Paris, France
Genres:
World News
Networks:
RFI
Description:
Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.
Language:
French
Website:
http://www.rfi.fr/
Episodes
En France, un patron de PME condamné à trois ans de prison pour esclavage moderne
4/22/2026
Au tribunal de Pontoise, le patron d’une PME dans le secteur du bâtiment vient d’être condamné à trois ans de prison dont deux ans ferme pour soumission d'une personne vulnérable à des conditions de travail et d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine, ce que l'on qualifie d'esclavage moderne. Ibrahim, c'est un nom d’emprunt, âgé de 30 ans, d’origine ivoirienne et sans papiers, témoigne d'années de calvaire.
À l'annonce du jugement, Ibrahim, les yeux gorgés de larmes, est ému. « Très très content d'avoir entendu que le patron était condamné, réagit-il. Je me vois comme une victime aujourd'hui. Ce qui m'est arrivé, ce n'est pas tout le monde qui peut le supporter. Voilà, je vais voir le patron arrêté... Donc, je ne dois pas baisser les bras... Les mots me manquent en fait. »
L'histoire d'Ibrahim commence en Côte d'Ivoire. Cet orphelin travaille depuis l'âge de douze ans. Lorsqu'il quitte son pays pour la France, il est loin d'imaginer ce qu'il allait subir au quotidien. Sans papiers, le patron qui le recrute, spécialisé dans le BTP, le loge sur le chantier, dans un bureau. Il n'y a ni douche, ni sanitaires, ni fenêtres. Ce local, au départ, est destiné aux ouvriers.
« L'enquête de l'inspection du travail l'a démontré : sans eau, sans chauffage, sans intimité aucune, et tout ça dans le but de le soumettre à des conditions de travail et d'hébergement indignes, dénonce Roxane Ouadghiri Hassani, directrice adjointe du Comité contre l'esclavage moderne, puisqu'il était logé dans des conditions extrêmement précaires, avec des fausses promesses qui ont été faites à Monsieur sur sa régularisation, sur une rémunération. Il a aussi subi une forme de contrainte et des menaces, puisqu'on le menaçait de le dénoncer aux autorités du fait de son irrégularité de séjour en France. »
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Un accident causé par son patron
Pendant deux ans, il va être soumis à des conditions de travail inhumaines. Jusqu'au jour de l'accident. Il se souvient, c'était le 11 mai 2021. Un bloc de béton de plus d'une tonne l'écrase. C'est son patron qui dirigeait les opérations. « Il était assis dans la machine et il avait un ami à côté de lui, qui causait avec lui, se rappelle-t-il. Il m'a dit d'enlever les deux cales, le patron a touché le levier, puis les blocs en béton se sont renversés sur moi. »
« Le dirigeant de la société a été reconnu coupable d'un certain nombre de manquements à l'obligation de sécurité de l'employeur et au titre des blessures involontaires qui ont conduit à retenir une incapacité de travail, rapporte Mehdi Bouzaida, son avocat. Il a conservé une infirmité permanente de cet accident puisqu'il a été amputé de trois doigts. »
Après son accident, le calvaire continue : « Au lieu de s'occuper de ma santé, il a commencé à me menacer, il a commencé à me taper », témoigne Ibrahim.
Blessé, Ibrahim se retrouve à la rue
Lourdement handicapé, ne pouvant plus travailler, son patron le met dehors. « Après mon accident, avec les béquilles en main pendant un mois, j'étais à la rue, confie-t-il. Je me suis dit : mais pourquoi je n'y suis pas resté dans cet accident ? Et puis j'ai perdu une partie de mon corps ! »
C'est le Comité contre l'esclavage moderne qui va l'accompagner dans ce parcours judiciaire et dans sa reconstruction. « Dès que nous l'avons rencontré, nous avons pris la mesure de la gravité des faits et surtout de l'urgence psychologique et médicale dans laquelle il se trouvait, explique Roxane Ouadghiri Hassani. Il avait bien heureusement reçu des soins. Néanmoins, il était extrêmement affecté par les douleurs liées, comme le syndrome du membre fantôme qu'il continuait de ressentir, et par une forme de honte vis-à-vis de son amputation. Donc, on l'a accompagné dans la confection d'une prothèse sur mesure qui lui a vraiment aidé à retrouver confiance en soi et à se sentir mieux en société. »
Absent au procès, un mandat d'arrêt a été lancé contre...
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Des élèves interagissent avec l’astronaute française Sophie Adenot, à bord de la Station spatiale internationale
4/21/2026
Pas besoin d’être à Houston pour interagir avec l’espace ! En France, plusieurs élèves ont établi un contact radio, lundi 20 avril, avec l’astronaute française Sophie Adenot, à bord de la Station spatiale internationale (ISS) depuis deux mois. Une prouesse réalisée par des étudiants de l’université de Bordeaux et partagée avec plusieurs élèves de l’académie. Une manière de les attirer vers les filières scientifiques et les métiers du spatial.
De notre envoyée spéciale à Bordeaux,
Dans l’amphithéâtre bondé, chacun retient son souffle. « Normalement, nous devrions parler avec la station d’ici trois minutes, annonce l’un des responsables à l’assistance. Donc, à partir de maintenant, silence total, on écoute les opérateurs : ce sont eux qui gèrent désormais ! »
Derrière leurs ordinateurs et un enchevêtrement de câbles, façon salle de contrôle, cinq étudiants établissent le contact radio avec l’ISS. Tao, 22 ans, a la lourde responsabilité de lancer l’appel : « Oscar, Romeo, quatre, India, Sierra, Sierra, ici Foxtrot, cinq, Kilo, Bravo, Whisky pour le contact Ariss programmé. Over. »
À la quatrième tentative, soulagement : une voix féminine répète au mot près la ligne de code. La salle applaudit, Tao exulte : « C’est fantastique Sophie, on vous entend parfaitement au sol, on est ravis de vous avoir ! Voici les questions ! »
C’est parti pour dix minutes d’échange, soit la durée du passage de la Station spatiale internationale au-dessus de la France au même moment. Une vingtaine d’élèves, de la classe de primaire jusqu’à la terminale, se relaient au micro avec leurs questions écrites sur un bout de papier.
Aïda, en primaire, est l’une des premières à se lancer : « Pourquoi as-tu décidé de faire ce métier ? Over. » Aucun délai : la réponse arrive immédiatement. « Bonjour Aïda, j’ai décidé de faire ce métier parce que j’avais envie de voyager et de travailler avec des gens qui parlent toutes les langues », répond l’astronaute française.
Si certaines questions sont convenues, d’autres – celles des plus âgés – sont plus inattendues et témoignent d’une véritable curiosité. « Est-ce qu’un stylo-bille peut fonctionner en microgravité ? », demande par exemple Diane. « C’est une super question, s’enthousiasme la tricolore, ravie de lui apprendre que, dans l’ISS, les stylos sont conçus pour fonctionner dans l’espace, avec un petit système de pressurisation pour que l’encre arrive sous pression au bout de la pointe. »
Après le son vient l’image. Sophie Adenot apparaît sur les écrans de la salle, au milieu de l’ISS, les cheveux en apesanteur au-dessus de son visage. Elle porte à sa bouche une sorte de talkie-walkie pour répondre aux élèves et paraît, d’un coup, beaucoup plus proche.
Mais à mesure que l’ISS s’éloigne du ciel français, le signal se brouille, jusqu’à être totalement perdu. Les enseignants ont devancé la coupure en prenant soin d’adresser des remerciements anticipés. Un ultime tonnerre d’applaudissements parvient aux oreilles de l’astronaute. « C’est beaucoup d’émotion, là », conclut la Française, visiblement émue, qui joint les deux mains pour former un cœur. L’échange se termine ainsi.
Attirer vers les métiers du spatial
À la sortie, Ana-Léa, 10 ans, mesure sa chance. « Je n’ai jamais parlé avec un astronaute, tout le monde n’a pas cette opportunité ! » Mais dire qu’une vocation est née serait sans doute prématuré. « J’aime l’espace, mais aller dans les fusées, ce n’est pas trop mon truc », admet-elle.
Planter la graine du spatial, c’est pourtant l’ambition de Nathalie, son enseignante. « Nous sommes une école labellisée “égalité fille-garçon”, donc c’était important de promouvoir la gente féminine dans les sciences. » Si sa classe de CE2-CM1 a été retenue pour un contact avec l’ISS, c’est parce qu’elle a fait de l’espace un projet pédagogique sur toute l’année : « des activités autour de l’histoire des télécommunications, des circuits électriques, des télégraphes, etc. »
De son côté, et avec d’autres étudiants du...
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Paris sportifs: un million de Français considérés comme «à risque», 400 000 comme «addicts»
4/20/2026
En 2025, plus de 11 milliards d'euros ont été misés en France sur des compétitions sportives, dont plus de la moitié sur des matchs de foot. Une somme faramineuse qui cache aussi un haut potentiel addictif. Avec des conséquences désastreuses pour les joueurs et leurs proches : endettement, conflits familiaux, dépression et même tentative de suicide. Environ un million de personnes sont concernées en France.
« On commence à parier. On gagne les premières fois. Ensuite, j’ai perdu tout ce que j’avais gagné. On se dit "je vais me refaire, c’est tellement simple". Un jour, le compte est en négatif. Cela va vite. » À 35 ans, Louis parie tous les jours. La veille de notre rencontre, les quarts de finale de la Ligue des champions n’ont pas fait exception. « Mon dernier pari, c’est Bayern-Real », confie-t-il. Une habitude, ou plutôt un cercle vicieux, dans lequel il est tombé il y a quinze ans et qui a profondément changé sa façon de regarder le football. « On devient expert dans tous les sports », plaisante-t-il.
« À la fac, j’ai un ami qui m’a montré un site de paris en me montrant qu’il pouvait combiner les cotes À la fin, il misait un euro et pouvait en récolter 1 500. Je me suis dit "waouh, c’est si simple" et j’ai commencé à regarder les matchs en fonction de l’argent que je pouvais me faire dessus. Les matchs qui m’intéressent – par exemple, je supporte Arsenal et Lens parfois –, je ne parie pas dessus. Sinon je n’aurais pas de plaisir à regarder le match. Toutes les équipes, je les vois comme des possibilités de m’enrichir et non comme des équipes de foot. »
En 2025, rien qu’en France, plus de six milliards d’euros ont été misés sur du football, selon l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Une somme qui illustre l’ampleur des dépenses, parfois vertigineuses, qu’un joueur comme Louis peut engager sans même s’en rendre compte. « Le mois où j’ai le plus misé, c’est 20 000 euros. Cela veut dire que j’ai regardé mon compte et j’avais une dépense de 20 000. J’ai fait 19 000 de gain, donc la bascule n’est "que" de 1 000 euros, mais je suis perdant dans la grande majorité des cas. Maintenant, c’est beaucoup moins car je me suis calmé. Mais en fait, ça va très vite. À un moment, on bascule de 10 euros à 100 euros. On se fait emporter par la vague et, pour s’en sortir, on nage et on finit épuisé sur la plage. »
« Au début, je jouais avec mon compte bancaire de tous les jours. Je vivais très bien pendant un mois, et l’autre mois, je mangeais des conserves parce que je n’avais rien du tout, raconte-t-il. Il y a quelques années, j’ai fait un compte dédié à ça. J’ai mis de l’argent dessus, je l’ai fait fructifier, et je ne l’utilise que pour ça. » Quand on lui demande s’il lui est arrivé de se faire peur, sa réponse est sans équivoque : « Comme au poker, j’ai tout misé et ce n’est pas passé. J’ai tout perdu. Après, on ne dort pas bien. Cela affecte le moral et l’humeur. Il y a le Louis de tous les jours et le Louis quand il perd beaucoup : c’est la catastrophe. »
« Je sais qu’au fond de moi, j’ai un problème avec le jeu. Avec le fantasme que je mets dans le jeu, reconnaît-il. C’est extraordinaire et en même temps terrifiant : quand je joue, je me dis que ma vie va changer. »
En France, un million de joueurs comme Louis sont considérés comme ayant un comportement à risque. À cela s’ajoutent 400 000 joueurs qui, eux, ont basculé et sont catégorisés comme addicts, selon l'Association de recherche et de prévention des excès de jeu (Arpej), dont est membre Georges Martinho. « Le fait d’être un homme, jeune, d’avoir eu dans sa vie ou son entourage un gain marquant, d’avoir des problèmes de couple. Ce sont des facteurs de vulnérabilité », explique-t-il.
Les premiers signes d’un comportement à risque ? « Lorsque les mises sont plus hautes que prévues, lorsque le jeu empiète sur la vie familiale ou amicale du joueur, et lorsque les motivations changent : on ne joue plus pour le plaisir, mais pour se refaire. » L’Autorité nationale des jeux a...
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Face à la concurrence des écrans, le défi d'intéresser la jeunesse à la lecture
4/19/2026
Le Festival du livre de Paris a fermé ses portes ce dimanche 19 avril et pendant trois jours, des milliers de lecteurs et lectrices ont pu y assister à des conférences, déambuler entre les stands et faire dédicacer leurs livres. Pour le secteur, un enjeu primordial se dégage : attirer les jeunes lecteurs, car selon l'étude annuelle du Centre national du livre, la proportion de jeunes lecteurs stagne. C'est en particulier à l'adolescence que l'on décroche, en raison de la concurrence des écrans.
Karen et Gabrielle sortent de cours, leur sac sur une épaule. À 13 ans, les deux copines aiment beaucoup lire, même si Gabrielle garde toujours son téléphone à côté d'elle quand elle ouvre un livre. « Si je reçois une notification, j'ai envie d'être là et de l'ouvrir au cas où, confie-t-elle. Avant, quand il n'y avait pas les téléphones, quand on s'ennuyait, on lisait, alors que là, maintenant, quand on s'ennuie, on est sur notre téléphone, on regarde des écrans, c'est un peu notre moyen de distraction premier. »
Son amie Karen est encore épargnée. « Ne pas avoir de téléphone, ça m'aide… Je sais que moi, ma cousine, dès qu'elle a eu un téléphone, elle a arrêté de lire », souligne-t-elle. Alors, l'adolescente a un peu peur de perdre son goût pour la lecture en grandissant.
Selon l'étude du Centre national du livre, c'est entre 16 et 19 ans que les adolescents décrochent. Mia a 19 ans. Pour elle, la lecture pour le plaisir, c'est de l'histoire ancienne. « Il y a eu toute une période où je dévorais les livres, je me couchais hyper tard, je faisais des sagas, j'étais complètement addict », se rappelle-t-elle. Mais en arrivant au lycée, elle décroche, notamment parce que la charge de travail s’alourdit. « Et parce que je pense que je trouvais pas vraiment chaussure à mon pied, ajoute-t-elle, J'ai essayé de m'y remettre, mais avec un livre que je n'ai pas apprécié, donc ça m'a un peu déchauffée du truc… »
Et puis, pour lire, il faut qu'elle soit séduite dès les premières pages : « Mon temps d'attention a tellement réduit que si j'accroche pas et si j'ai une série, par exemple, que je vais préférer regarder, je vais privilégier ma série à mon livre ».
À écouter, notre podcast qui lit des textes de grands auteursÇa va ça va le monde
Le phénomène inquiétant de la dark romance
Autre constat de l'étude du CNL, ce que les jeunes lisent le plus, ce sont les BD, les mangas et la romance. À la librairie Le Divan Perché, à Paris, Margaux Le Bescot conseille chaque jour des adolescents. « Ils viennent souvent par groupe de trois, quatre, parfois plus, et ils viennent prendre des grosses piles de romance. Ils vont suivre des histoires avec un homme, une femme qui vont développer une relation amoureuse, voire sexuelle. Parfois ça va être un peu plus sombre, avec la dark romance. Ce ne sont pas des livres qui sont faits pour la tranche d’âge assez jeune et pourtant, c’est ce qu’on retrouve le plus comme acheteurs pour ce genre-là. Je pense qu'il y a un peu le côté interdit, analyse-t-elle, ça fait un peu rêver, ils veulent plutôt ça que des romances adaptées à leur âge qui peuvent être plan-plan pour eux. »
Face à ce phénomène de la dark romance qui prend de l'ampleur, les libraires sont parfois désemparés. Ils doivent trancher entre répondre à une demande qui grandit et protéger les jeunes lecteurs.
À écouter dans 8 milliards de voisinsDark romance : un phénomène qui malmène les femmes autant qu’il les fascine
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France: le boom des bars audiophiles, où l'on redécouvre la musique avec une écoute parfaite
4/16/2026
C'est une tendance originaire du Japon et de plus en plus populaire en Europe, et notamment en France : les bars audiophiles. Des cafés où l'on vient, seul ou à plusieurs, pour écouter de la musique dans une salle équipée d'un matériel hi-fi de très haute gamme. Une formule qui séduit de nombreux mélomanes désireux de redécouvrir toute la profondeur de leurs morceaux préférés, à rebours d'une écoute traditionnelle sur les plateformes de streaming. Reportage à l'une des adresses les plus en vue de Paris.
Il faut descendre au sous-sol du Listener, un café du IIe arrondissement de Paris, pour découvrir ce qui en fait sa spécificité. Une porte, puis une autre, et nous voici dans un salon feutré et chaleureux, avec sa moquette, son large canapé et sa table basse. Tout est fait pour se sentir comme chez soi.
Ce jour-là, quatre filles ont réservé le lieu pendant une heure pour 50 euros. « L'espace est totalement insonorisé. C'est une sorte de boîte dans la boîte. De cette façon, aucun son n'entre ni ne sort de cette pièce », explique Thomas, co-gérant du café, avant de lancer la séance.
Le petit groupe a pris place sur le sofa. Face à elles, une impressionnante chaîne hi-fi : deux enceintes dotées de trois pavillons jouant les aigus, les médiums et les graves, un amplificateur à lampes, un convertisseur et une platine vinyle, « pour que l'ensemble de l'écoute soit agréable », complète Thomas, ingénieur du son de formation depuis quinze ans.
Dix minutes de présentation, puis la séance peut enfin démarrer. Pour cette première écoute, le choix des quatre filles se porte sur le titre People Are Strange du groupe de rock américain The Doors. Quelques secondes d'écoute suffisent à convaincre Julie, qui a eu l'idée d'amener ses amies ici. Elle explique redécouvrir son morceau préféré : « Le solo de guitare joué par Robby Krieger est beaucoup plus net, on cerne bien mieux la tonalité qu'il a voulu donner à ce passage. On a l'impression d'assister à l'authenticité de ce moment et de comprendre ce que le musicien voulait faire passer comme émotion. »
Prendre le temps d'écouter
Ce qui impressionne Julie, c'est aussi ce sentiment d'entendre pour la première fois tous les instruments de cette partition : « Dans ce groupe, Jim Morrison prend davantage la lumière par rapport aux autres musiciens. Là, on se rend compte du travail fourni par les autres membres de The Doors, grâce à chaque petit son de batterie, de cymbale, de craquement de cordes. C'est impressionnant d'entendre tout cela. »
Une séance d'une heure permet d'écouter une vingtaine de titres. Si le format séduit autant Julie, c'est parce qu'elle dit vouloir une autre approche que celle d'une consommation frénétique et en streaming de ses morceaux préférés : « Aujourd'hui, on a tendance à entendre de la musique partout – dans les magasins, les grandes surfaces – mais pas à l'écouter véritablement. »
Cette volonté de ralentir le rythme, Jérôme, l'autre gérant du café, dit la constater depuis quelques années : « Ça se retrouve au niveau des ventes des disques vinyles, dont la croissance est à deux chiffres depuis plus d'une dizaine d'années, et ça se remarque dans un certain nombre de clubs et de boîtes de nuit qui, pour la plupart, ont fait un gros travail de rénovation ou de mise en place de nouveaux systèmes son pour proposer une expérience ultime à leurs clients. »
Les bars audiophiles surfent donc sur cette tendance, et le bouche-à-oreille fait le reste. D'ailleurs, Julie promet de revenir avec d'autres amis.
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France: dDans la Creuse, une filature de laine tisse son chemin à l'international
4/15/2026
La Creuse, au centre de la France, est une région rurale qui a subi de plein fouet les mouvements de désindustrialisation des dernières décennies. Les usines de textile, notamment, ont fermé les unes après les autres pour partir en Asie ou en Afrique du Nord. Et pourtant, malgré les crises à répétition, portée par le boom du tricot, une petite filature de laine résiste et ose même se développer à l'international.
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L'artiste Romain Lemire, victime d'inceste, raconte son histoire dans le livre «Clément»
4/14/2026
En France, la question des victimes d'inceste est toujours aussi brûlante. Ce mercredi 15 avril, à l'Assemblée nationale, la délégation aux droits des enfants examinera le rapport de la mission d'information sur l'imprescriptibilité des violences sexuelles commises sur les mineurs. Dans le droit français, seuls les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Une victime de viol survenu dans l'enfance peut porter plainte jusqu'à l'âge de 48 ans, le délai de prescription étant de 30 ans à compter de la majorité de la victime. Mais ce délai est jugé insuffisant par les associations de protection de l'enfance : 1% seulement des auteurs d'inceste sont sanctionnés pénalement. Romain Lemire, comédien, chanteur et musicien, a été victime d'un père incestueux. Son livre Clément vient d'être publié aux Éditions du Cherche midi.
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France: les nombreuses difficultés des travailleurs sans-papiers, victimes d'injonctions contradictoires
4/13/2026
Le gouvernement souhaite renforcer la lutte contre le travail illégal en France, avec un nouvel arsenal anti-fraude adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Celui-ci instaure une procédure de « flagrance sociale » qui permettra une saisie conservatoire des actifs d'une société suspectée de travail au noir.
Il est 7h30 du matin près de Paris. Thomas, de l’unité régionale spécialisée dans la lutte contre le travail illégal, est en route avec ses collègues pour une zone d’activité où sont implantées de nombreuses entreprises de logistique. « Ici, on se trouve en Seine-Saint-Denis, entre Aulnay-sous-Bois et Le Blanc-Mesnil, qui est un peu le point de jonction, notamment sur tout le secteur logistique venant de Roissy », explique-t-il. L’entreprise ciblée ce jour-là opère dans le « dernier kilomètre », ce maillon essentiel de la chaîne de livraison des colis. « Aujourd’hui, on voit vraiment une augmentation, notamment des colis qui viennent d’Asie, plus particulièrement de Chine. Ces pays commencent à avoir des entreprises directement chinoises qui s’implantent sur le territoire français pour faire l’importation de leurs colis. » Roissy et la gare du Nord sont des zones particulièrement prisées pour s’installer, car « ils n’ont pas la taxe aéroportuaire ».
Cette opération fait suite à un signalement anonyme. La société visée est déjà connue des services de contrôle : elle a déjà fait l’objet de deux verbalisations pour travail dissimulé. « Le signalement comporte pas mal d’éléments qui nous laissent croire qu’en fait, on aurait des infractions à la fois de travail dissimulé, détaille Thomas. Il y aurait une dissimulation d’heures. Ça veut dire qu’ils mettraient les salariés en contrat partiel, sauf qu’en fait, il les ferait travailler à temps plein. » Parmi les autres irrégularités suspectées figurent l’emploi de travailleurs sans papiers et de la fausse facturation. « Cela peut faire partie de notre volet sur le travail dissimulé, mais par dissimulation d’activité, parce qu’en fait, on fausse les résultats et le chiffre d’affaires d’une société. »
À leur arrivée dans la zone d’activité, Thomas et son équipe mettent leurs brassards et se dirigent vers l’entrepôt repéré en amont. Mais la porte est close, et aucun signe d’activité n’est visible. « Il semblerait qu’il y ait une fuite, constate l’inspecteur. Ce sont des aléas qui peuvent arriver. Des situations où l'on a des signalements par des salariés. À la dernière minute, on ne sait pourquoi, il y a une fuite. L'employeur va faire le nécessaire pour soit fermer la société le jour du contrôle, soit mettre des personnes qui sont déclarées et passer pour une situation régulière. »
À la Cimade Île-de-France, une association qui accompagne les personnes sans papiers victimes de travail illégal, cette situation illustre un paradoxe du système français. Il est en effet possible d’obtenir une régularisation en prouvant que l’on a un travail, une réalité dénoncée par Marie Barbaros, chargée de projet régional : « Une des manières de se régulariser en France, c’est de prouver que l'on travaille. Quand je dis "prouver", je n’utilise pas ce mot à la légère : l’administration recherche, de manière pointilleuse, des preuves que la personne travaille de manière déclarée. J’insiste sur le mot déclarée. C’est-à-dire qu’elle remplit toutes les conditions légales d’exercice de son travail. Alors que, par ailleurs, on sait que cette personne n’a pas le droit d’exercer une profession en France puisqu’elle est sans papiers. Sinon on considère que c’est du travail illégal. Pour se régulariser, il faut prouver qu’on travaille de manière déclarée alors qu’on n’a pas le droit de travailler. »
Cette situation est d’autant plus complexe pour les travailleurs de la logistique qu’ils n’appartiennent pas aux métiers en tension en Île-de-France. « Ce sont des personnes qui ne vont pas pouvoir faire valoir leur insertion professionnelle dans le cadre d’une demande de régularisation, précise Marie...
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À Paris, les visiteurs se précipitent aux Catacombes après leur réouverture
4/12/2026
Les catacombes de Paris viennent de rouvrir après 5 mois de travaux. Les restes de millions de Parisiens reposent sous les rues de la ville. Ils ont été entassés dans d'anciennes carrières de pierre jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle. C'est l'un des lieux touristiques les plus visités de la capitale.
Les ossements s'étalent sur onze mètres et il ne faut pas être trop grand pour suivre Isabelle Knafou, administratrice des Catacombes de Paris, dans les dédales des catacombes. « Ce qu'il faut imaginer, c'est que ces murs d'ossements, ils allaient vraiment jusqu'au plafond », décrit-elle.
Dans ce site aussi insolite qu'impressionnant, des millions d'ossements vieux de plusieurs siècles entourent les visiteurs. Ils datent de l'époque où les cimetières étaient pleins. La seule solution : stocker les os dans les anciennes carrières sous Paris. « Tout a été refait, poursuit l'administratrice. On a 600 000 visiteurs par an. Le CO₂ développé par la présence de ce public risquait de poser problème à la conservation des ossements. »
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Protection contre l'humidité, la mousse, nouvelle lumière, le plus grand cimetière souterrain au monde avait besoin d'un nouveau souffle. Au total, 5 millions d'euros de travaux.
Les premiers visiteurs se serrent dans le tunnel. Ils vont d'animations en animations, le nouvel audioguide sur les oreilles. Toute la muséographie a été refaite. Pour l'administratrice, ce qui attire autant de visiteurs, c'est que c'est un lieu de curiosité : « Ça fait partie des lieux insolites, entre guillemets, du monde. Et charge à nous de passer de cette curiosité plus ou moins macabre pour amener les gens à comprendre tout l'intérêt historique du lieu. »
Avec ces crânes et ces têtes soigneusement empilés, les catacombes nourrissent depuis longtemps la pop culture. C'est une nouveauté de la visite : un écran diffuse des œuvres qui parlent du lieu.
Des touristes conquis
Les catacombes affichent complet toute la journée. À la sortie, les touristes sont conquis. « Attendez, je récupère mon souffle. Les escaliers sont raides, c'est assez intense là-dessous, partage une touriste anglophone. Avec tous ces os, ces lumières, c'est vraiment sérieux. Ils ont rendu Paris vivable en transférant tous les cadavres en surface. Mais tout ça en ayant toujours du respect pour ces personnes qui avaient construit la ville. On a trouvé ça passionnant. » Une autre touriste intervient : « Quand on voit la quantité, le nombre d'ossements, le nombre de vies humaines de tous ces Parisiens, toutes ces vies qui se sont déroulées là, c'est très émouvant et c'est fascinant. »
À terme, le site doit accueillir des concerts et des performances artistiques.
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La Maison des Fées, un refuge pour les femmes enceintes et les jeunes mères sans domicile
4/9/2026
En France, en 2025, plus de 3 500 femmes ont accouché sans avoir d’hébergement fixe rien qu'à Paris et dans sa région, soit 2,3 % des accouchements recensés sur l’année en Île-de-France, selon le dernier rapport du Samu social publié fin mars. Des hébergements d’urgence pour ces femmes enceintes et jeunes mères existent, comme dans le 17e arrondissement de Paris, à La Maison des Fées.
Le rapport du Samu social sur les femmes sans domicile en situation de périnatalité met l’accent sur les conséquences de cette précarité. Certaines femmes ont dû changer jusqu’à 40 fois de lieu d’hébergement au cours de leur grossesse et elles ont passé en moyenne deux mois à la rue en période périnatale. Mais dans cet immeuble parisien biscornu de la Maison des Fées, certaines ont pu trouver un havre de paix.
Après avoir traversé une petite cour intérieure remplie de poussettes, direction l'appartement onze au premier étage pour rencontrer Kadiatou. La jeune femme de 22 ans est assise sur son lit. Elle a fui la Guinée après un mariage forcé avec un homme plus âgé, et elle s'est installée ici un mois avant son accouchement.
« J'ai découvert que j'étais enceinte. J'étais un peu perturbée dans la tête. Je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas où aller. Je ne savais pas à qui parler de tout ça, témoigne la jeune femme, sa petite fille de quatre mois dans les bras. Le père de mon enfant n'était pas là, il est à Bordeaux. Il est demandeur d'asile lui aussi. Comme moi. Là, je suis bien entourée. J'ai des personnes pour moi et pour le bébé. Parce que là où j'étais avant, on était deux dans la chambre, on n'avait pas tellement notre intimité. Mais là, ça va, je me sens bien. Le bébé aussi se sent bien. Je communique bien avec mon bébé. Entre elle et moi, ça va, je me sens bien. »
Créer un vrai chez-soi
Vingt jeunes mamans venues d'Afrique subsaharienne, quelques compagnons et une trentaine d'enfants habitent les studios de la Maison des Fées. Dans la salle de jeux, Djenaba referme la turbulette de sa petite de neuf mois sous le regard de son aîné, Abdoul, habillé d'un manteau bleu avec de petits dinosaures. Sa famille l'a chassée lorsqu'elle est tombée enceinte de son fils. Alors elle a fui avec son compagnon. « J'étais venue avec le père de mon enfant, mais il m'a abandonnée avec l'enfant. Ça m'a fait très très mal », confie-t-elle.
Lors de sa deuxième grossesse, elle s'est retrouvée très vulnérable dans les rues de Paris, dehors jour et nuit. Cette confrontation régulière à des comportements violents, à des traumatismes sans suivi médical, ni physique ni psychologique, rend les femmes très méfiantes. Fanta Coulibaly est travailleuse sociale à la Maison des Fées et son premier travail, c'est de leur redonner confiance en elle et en les autres.
« Pour pouvoir travailler avec ces familles, il faut créer du lien. C'est très important parce que tant qu'il n'y a pas de lien, elles ne présentent pas leurs besoins, elles ne se dévoilent pas et c'est compliqué d'avoir accès à elles, souligne-t-elle. Et une fois que le lien est établi, tout vient à point nommé. Elles nous sollicitent et derrière, nous, on peut proposer des choses. »
Des cours de français, des ateliers de socio-esthétisme ou encore de droits des femmes sont par exemple proposés aux habitants de la Maison des Fées. Aurélie Tchiemmegne, la directrice, tient beaucoup à ce que ce lieu soit une vraie maison. « On voit vraiment une différence entre l'arrivée et quelques mois, semaines après. Sur comment elles vont, au moins physiquement. Après, psychiquement, ça peut prendre évidemment plus de temps, explique la directrice, on ne peut pas tout régler en quelques semaines, mais c'est aussi pour ça que nous, on s'attache à avoir une psychologue dans le service, une infirmière, parce que la santé, elle passe évidemment par le soin de la santé mentale, le soin de soi. »
En moyenne, les familles comme celle de Djenaba, Binta et Abdoul restent deux ans, le temps de régulariser leur situation...
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Concerts de Céline Dion: Paris se prépare à de colossales de retombées économiques
4/8/2026
C'est l'un des événements les plus attendus de l'année 2026 en France, mais également dans le monde : Céline Dion donnera une série de 16 concerts à Paris, entre septembre et octobre. Fin mars, la diva québécoise l'a annoncé en grande pompe sur la Tour Eiffel. Ce sont ses seuls concerts prévus cette année et ils auront lieu à Paris La Défense Arena, la plus grande salle en intérieur d'Europe, avec une capacité de 44 000 places. Des millions de personnes se sont inscrites pour tenter d'obtenir un billet, dont le prix varie de 90 à 300 euros. De quoi générer des recettes gigantesques. Pour sa venue en France, l'impact économique dépasse les murs de la salle de concert. Le reportage de Marius Rolland.
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«On ne s'attendait pas à une vague aussi violente»: licenciés car remplacés par l'IA, ils racontent
4/7/2026
Elle représente une menace pour cinq millions de salariés en France, d'après une étude publiée le 1er avril par la compagnie d'assurance-crédit Coface et l'Observatoire des emplois menacés et émergents. L'intelligence artificielle (IA) inonde nos vies et enthousiasme les géants de la tech. Mais elle provoque aussi des suppressions d'emplois, dont les annonces se multiplient notamment aux États-Unis. En France, ce casse social est plus discret, mais il a déjà débuté. Rencontre avec deux Français qui expliquent comment l'IA a supprimé leur emploi, fait chuter leurs ressources et les a contraint à se réorienter.
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La natation, un outil pour apprendre le français à la piscine d'Évry-Courcouronnes
4/6/2026
Elles viennent du Congo, d'Angola, de Colombie, de Géorgie ou du Venezuela. Et dix jours, ce groupe composé en majorité de femmes suit des cours d'apprentissage du français à la piscine. C'est une grande première pour ces ateliers sociolinguistiques qui se sont associés à un dispositif sportif. Ensemble, ils ont proposé des cours d'aisance dans l'eau à la piscine de l'Agora à Évry-Courcouronnes, dans la banlieue sud de Paris.
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France: la flambée des prix du carburant met en péril l'activité des soignants à domicile
4/5/2026
En France, les prix à la pompe explosent, conséquence de la guerre au Moyen-Orient. Le litre d'essence a passé la barre symbolique des deux euros. La semaine dernière, pour faire face à l'envolée des prix, le gouvernement français a annoncé des mesures de soutien à certaines branches professionnelles, parmi lesquelles les pêcheurs, les agriculteurs et les transports routiers. D'autres, comme les professionnels de santé libéraux, se sentent abandonnés.
Il est 5h45 lorsque Naouel Helloub se prépare à démarrer sa journée, pochette de soins en bandoulière, devant sa voiture. Infirmière libérale, elle s'apprête à parcourir une quarantaine de kilomètres à travers plusieurs arrondissements de la ville de Marseille pour dispenser des soins à domicile. Une routine qu'elle connaît bien, mais qui, ces derniers temps, lui pèse davantage en raison de la flambée des prix du carburant.
« Hier, j'ai mis de l'essence et j'ai payé 70 euros, alors que j'ai une petite voiture. D'habitude, pour le plein, j'en ai pour 50 euros. C'est 20 euros de plus, confie-t-elle, préoccupée. Sachant que je fais deux pleins par semaine, je vous avoue que je n'ai pas osé compter, parce que sinon, j'arrête. »
Mais au-delà de l'aspect financier, c'est une question éthique qui la tourmente : « À un moment, je vais être obligée de sélectionner des patients qui sont à côté. » Un risque qui inquiète particulièrement ceux qui dépendent de ses visites, comme Hassen, son premier patient de la journée.
Âgé de 65 ans, ce dernier, lourdement malade et sans famille, ne cache pas son angoisse à l'idée de se passer de ses soins : « Je serais dans le pétrin, surtout pour les médicaments, parce que je m'y perds un peu. Qui va me faire la toilette ? Même avec déambulateur, je tombe. »
Aujourd'hui, les professionnels de santé qui réalisent des actes à domicile bénéficient d'indemnités kilométriques. Elles couvrent le temps de trajet, le coût du carburant et du stationnement. Mais selon Mélanie Ordines, présidente du syndicat national des orthoptistes et membre du bureau de l'Union nationale des professionnels de santé, elles sont loin de suffire : « La Sécurité sociale nous dit que pour aller apporter des soins, ça ne doit pas nous coûter d'argent par rapport à un autre soin. Avant cette augmentation du carburant, ce n'était déjà pas jouable. Désormais, on est encore plus en perte. »
Pour continuer à exercer, elle revendique des aides immédiates. « On demande des aides financières, des déductions afin d'éviter une nouvelle angoisse de stress financier simplement pour continuer à faire notre métier », insiste Mélanie Ordines. Mais elle demande aussi une priorité à la pompe pour les professionnels de santé. En revanche, elle comme Naouel excluent toute possibilité de faire grève, au nom de l'obligation de soins.
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Avec la flambée des prix du carburant, des bateaux de pêche restent à quai
4/2/2026
En France, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, le diesel a battu un record : près de 2,20 euros le litre. Vendredi 27 mars, une remise de 20 centimes d'euros par litre de carburant a été annoncée sur les factures des agriculteurs, des routiers ou des pêcheurs par le gouvernement. Mais ce n'est pas assez, disent certains pêcheurs, car les prix des carburants pèsent sur leur activité.
De notre envoyé spécial à Boulogne-sur-Mer,
À Boulogne-sur-Mer, dans le plus grand port de pêche de France, certains bateaux ne sortent plus en mer car pêcher coûte trop cher. Au fond de la cale d'un bateau, des marins installent une grande cuve métallique. Elle servira bientôt, espère Jérémy Margollé, à trier les sardines. Car pour le moment, son chalutier reste à quai.
« Normalement, je devrais être en mer, mais là, avec les circonstances, la flambée du gasoil, on a préféré stopper pour se mettre en arrêt technique, pour faire l'entretien et les peintures, explique le pêcheur. Là, ça va faire la deuxième semaine qu'on est stoppés. »
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix du gasoil marin a presque doublé. Résultat, pour les plus gros bateaux comme le sien, pêcher n'est plus rentable. « Un bateau comme nous, c'est un chalutier de 24 mètres, ça consomme entre 10 000 et 12 000 litres, du lundi au vendredi, vous sortez, vous n'avez encore rien pêché, vous savez que vous allez devoir sortir à la fin de la semaine au moins 13 000 euros. Vous n'aurez pas encore payé vos gars, vous n'aurez pas encore payé vos crédits et toutes les charges qui vont avec, liste-t-il. Et au final, il faut s'adapter à des choses moins gourmandes en gasoil, etc. On pourrait toujours sortir, mais sortir à perte, ça ne m'intéresse pas. »
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« Je préfère travailler »
À l'avant du chalutier, Florian et Michel, deux générations de pêcheurs, repeignent le pont et pour eux, rester à terre, c'est perdre de l'argent. « Allez dire à un terrien : "Vous allez travailler du lundi au vendredi pour zéro euro", il va vous répondre quoi ? Je veux dire, je préférerais être en mer et gagner de l'argent que d'être à quai et avoir le salaire minimum et être là à faire de la peinture, s'agace le jeune pêcheur. Je préfère travailler quoi. On a un salaire à la part. Si on avait le gasoil à 0,60 euro sur une semaine de 20 000 euros, on va partager 500 à 600 euros. Et là, si on gagne les 100-200 euros dans notre semaine, ça sera une belle semaine. Et encore, si le gasoil n'augmente pas plus. »
« Les jeunes, qu'ils arrêtent tout de suite parce qu'ils sont mal barrés. L'avenir n'est plus tellement dans la pêche, non ? », interroge Michel. « C'est vrai que moi, à l'âge de 30 ans, il y a des questions à se poser, répond Florian. Si le gasoil continue à ce prix-là pendant deux-trois mois, c'est toute la flottille qui stoppe et ce sont des marins sur le carreau. Donc à des personnes comme Michel qui arrivent en fin de carrière, ils arriveront toujours à finir autre part, mais nous, on a quand même plus de 20 ans à tirer, donc il y a quand même des questions à se poser et se dire qu'on ne va pas aller en mer brûler du gasoil pour rien. Donc il faut se poser des questions. »
En attente d'aides de l'État
C'est pour obtenir des réponses et surtout alerter les autorités que le Comité national des pêches appelait le 1ᵉʳ avril un peu partout en France à débrayer quelques heures. Sur des vidéos en ligne, des pêcheurs filment leurs actions.
L'État s'est pourtant mobilisé pour les pêcheurs. Ce mois-ci, une aide de 0,20 euro par litre de carburant doit être débloquée, mais c'est encore insuffisant pour la filière. « Même avec une aide de 0,20 euro aujourd'hui, un gazole qui est à plus d'1,20 euro, on se rend bien compte que c'est très très compliqué pour toute la flottille de chalutiers senneurs, parce que ce sont eux les plus dépendants du gazole, explique Louis Gustin, le...
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Des jeunes majeurs sortis de la protection de l'enfance soutenus par des associations
4/1/2026
En France, il y a quatre ans, était adoptée la loi Taquet. Son objectif : prolonger l'accompagnement des jeunes sortis du dispositif de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Avant cette loi, l'ASE les protégeait jusqu'à leurs 18 ans, depuis, elle doit les accompagner jusqu'à leurs 21 ans. Ainsi, 32 000 jeunes majeurs ont été pris en charge grâce à cette législation. Mais des inégalités de suivi entre départements demeurent et beaucoup d'associations estiment que cet accompagnement reste insuffisant. Alors certaines, comme La Touline des Apprentis d'Auteuil, sont actives sur le sujet et proposent des dispositifs d'accompagnement après la sortie de l'ASE.
Dans un des bureaux de La Touline situé derrière la chapelle des Apprentis d'Auteuil, dans le sud-ouest de Paris, Laura Nedelec, chargée d'insertion, reçoit Armel, un jeune majeur sorti du dispositif de l'aide à l'enfance. « Je suis accompagné depuis ma sortie de l'Aide sociale à l'enfance, témoigne-t-il. J'avais 21 ans et du coup, ils ont pris le relais. Vivre avec ma mère, c'était très compliqué. Je me suis retrouvé un peu à la rue et en fait, La Touline, ils m'ont aidé et du coup, grâce à eux, j'ai pu avoir une protection, un toit où dormir. »
Contrairement à Armel, Ayoubour a dû quitter l'ASE le jour même de ses 18 ans. Un basculement brutal pour le jeune homme qui n'a pas de famille en France. « Du jour au lendemain, on sort de l'ASE, on n'a nulle part où dormir et c'est très, très inquiétant pour les jeunes placés à l'ASE, confie-t-il. Entre mes 18 et 21 ans, je me suis trouvé tout seul. Et ensuite j'ai entendu parler de La Touline. Je me suis tout de suite intéressé, surtout pour les démarches administratives. »
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Un sans-abri sur quatre est un ancien de l'ASE
Démarches administratives, recherche d'emploi ou de logement, entre autres, les jeunes qui sollicitent La Touline sont accompagnés par des chargés d'insertion socioprofessionnelle comme Laura Nedelec. « Déjà, La Touline, c'est de la libre-adhésion, donc on n'a pas de contrat avec les jeunes, explique la professionnelle. Ils viennent avec une demande, une question et nous, autant que nécessaire, on les accompagne. Ils sont libres de continuer leur chemin tout en sachant qu'ils ont jusqu'à 25 ans pour revenir si jamais il y avait une autre question – les impôts, les démarches administratives, voilà, ils peuvent venir autant de fois qu'ils veulent. »
En 2025, La Touline de Paris a accompagné 166 jeunes adultes sortis de l'ASE dans leur transition vers la vie d'adulte. La loi Taquet, adoptée en 2022 va dans ce sens, mais son application reste insuffisante, selon le collectif Cause majeure. « Donc nous, déjà, la première étape qu'on demande, c'est que la loi, elle soit pleinement appliquée dans tous les départements, pas forcément pour tous les jeunes, mais si les jeunes en ont besoin, qu'ils puissent avoir un horizon jusqu'à 25 ans pour pouvoir avoir une transition progressive vers l'âge adulte, défend Florine Pruchon, la coordinatrice du collectif. On plaide également pour que l'État donne davantage de financements en direction des départements, pour pouvoir accompagner correctement ces jeunes jusqu'à leur entrée dans la vie active. »
Aujourd'hui, en France, un sans-abri sur quatre est un ancien de la protection de l'enfance.
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Des stages Égalité des chances pour préparer les concours de grandes écoles artistiques
3/31/2026
L'objectif de la Fondation culture et diversité, c'est de préparer des lycéens socialement et géographiquement éloignés de la culture aux concours parmi les plus sélectifs des grandes écoles artistiques et culturelles, comme les Beaux-Arts, des écoles d'architecture ou encore de mode. 170 lycéens ont pu participer à des stages intensifs pour l'égalité des chances.
Debout ou assis, le plus souvent à plusieurs, ils dessinent, mesurent, découpent, assemblent… Romain se distingue par sa cravate rouge vif. Il a fait preuve de ténacité dans son parcours. « Je sors d'une SEGPA, je n'ai pas pu rejoindre directement le bac pro en architecture et donc j'ai dû passer par un CAP charpentier bois, explique le jeune homme qui était en difficulté scolaire. C'est vraiment une chance pour moi d'avoir été accepté ici. »
Le voilà en stage Égalité des chances dans la prestigieuse École nationale supérieure d'architecture de Paris, de quoi le rassurer. « J'avais un petit peu, justement, un manque de confiance, est-ce que j'arriverais à suivre tout simplement les cours…, confie-t-il. J'ai vu que les horaires, quand même, sont plus chargés, les cours plus conséquents qu'au lycée, mais les matières sont vraiment intéressantes et donc ça me permet d'avoir une certaine préparation pour candidater à une école d'architecture plus tard. »
Aider ces lycéens dans l'écriture fait aussi partie des objectifs de ces stages. « Ce sont des étudiants qui ont souvent moins l'habitude de lire, qui ont moins confiance en eux, sur les matières littéraires, sur la capacité à écrire et la capacité à formuler, alors qu'en fait, ils ont tout à fait les capacités intellectuelles, explique Camille Bidaud, maîtresse de conférences en histoire architecturale. Là-dessus, il n'y a aucun problème, mais ils ont tendance à se sentir moins légitimes. »
Un apprentissage concret
Ces étudiants viennent le plus souvent de filières formant à un métier, indique Laurence Veillet, architecte et enseignante à l'ENSA Paris-Val de Seine. « Ils vont justement se réfugier dans cette expertise qu'ils ont, poursuit-elle. Leur force, c'est effectivement cette expertise, leur difficulté, ça va être de prendre ce recul et d'accepter de faire un pas de côté pour être dans l'élaboration du projet et pas dans le côté métier de l'architecture. »
Ce pas de côté, Inès semble l'avoir compris : « C'est ce que j'aime dans l'architecture. On pense quelque chose dans sa tête et après on projette une idée en objet réel. » Et ce qu'Antoine apprécie dans le stage, c'est l'expérience pratique : « J'apprends sur le terrain, que ça soit faire les maquettes ou sur tout ce qui est visite, décrit Antoine avec gourmandise. On a fait une visite de chantier, puis les démarches à suivre pour entrer en école d'archi, comment postuler, comment se préparer pour l'entretien et puis pour notre futur. »
À écouter dans Reportage FranceLes écoles de la deuxième chance, plus de vingt ans d'accompagnement
« Les voir s'autoriser à ouvrir une porte, c'est ça qui m'émerveille »
La belle idée du stage, c'est de réunir 30 jeunes venus de toute la France. Une chance selon Inès et Mélanie : « On partage énormément de choses comme vous pouvez le voir. On fait donc des projets en groupe. Voir les idées de tout le monde, ça permet d'avoir une vue d'ensemble beaucoup plus large, beaucoup plus réfléchie. »
« J'adore, en tant qu'enseignante, voir mes étudiants se révéler et s'épanouir, partage Laurence Veillet. Ici, avec ces lycéens qui en plus viennent de partout en France, de filières pas toujours très bien considérées, les voir ouvrir une fenêtre, s'autoriser à ouvrir une porte, c'est ça qui m'émerveille. »
Permettre à ces jeunes d'exercer le métier qu'ils ont choisi, c'est toute l'ambition de la Fondation Culture et diversité quand on sait que 65 % des élèves des grandes écoles sont issus de milieux très favorisés.
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À Paris, un salon de l'emploi des réfugiés pour faciliter l'insertion professionnelle
3/30/2026
En France, le taux de chômage des réfugiés est quatre fois plus élevé que dans le reste de la population. Barrière de la langue, absence de réseau, trous dans le CV... Les obstacles sont nombreux. Pourtant, le statut des réfugiés leur permet de travailler en France. Alors, à Paris, le salon de l'emploi pour les réfugiés sert de porte d'entrée vers le marché du travail.
Un long ruban de dizaines et de dizaines de réfugiés s'étire le long de la chambre de commerce et d'industrie, en plein cœur de Paris, place de la Bourse. C'est ici que se tient la troisième édition du Salon de l'emploi pour les réfugiés. À l'intérieur, l'ambiance est à la fois électrique et pleine d'espoir. Des centaines de personnes se pressent dans une salle exiguë, où l'on entend des phrases comme « Vous pouvez passer l'entretien », lancées par les recruteurs.
Pour ces candidats, trouver un emploi en France représente une étape cruciale dans la reconstruction de leur vie après un parcours de migration souvent difficile. Britney, venue d'Haïti, serre contre elle le document indispensable aujourd'hui : son CV. « Est-ce que vous pouvez me parler de votre CV ? », lui demande un employeur. Autour d'eux, une vingtaine de stands ont été installés par des entreprises variées : McDonald's, Amazon, des agences d'intérim ou encore des enseignes de mode.
Les secteurs représentés sont ceux qui connaissent des tensions de recrutement. Parmi eux, celui de la petite enfance attire particulièrement l'attention. Derrière un bureau encombré de CV, une recruteuse d'une agence de babysitting explique pourquoi la diversité des profils l'intéresse : « Afghans, Chinois, Soudanais ou Angolais... Nos clients sont internationaux, et cette mixité est un atout. »
Justement, Tiga, une jeune Bangladaise aux lunettes carrées, vient de s'asseoir face à elle. À moins de 30 ans, elle a déjà une idée précise de son avenir : « Je veux commencer une carrière de fleuriste. J'ai besoin d'une formation, mais avant ça, je veux apprendre à parler le français couramment. En attendant, je cherche un travail avec des enfants ou des personnes âgées. » Comme beaucoup de participants, Tiga fait partie de cette jeunesse étrangère confrontée à un taux de chômage particulièrement élevé en France. Chez les moins de 24 ans, il frôle les 20%, et il est encore plus marqué parmi les jeunes issus de l'immigration.
Clara Papilleau, qui accompagne ces jeunes en Île-de-France, le confirme : « 18% des jeunes que nous suivons sont étrangers, et les obstacles qu'ils rencontrent sont nombreux. » Parmi eux, Emmanuel, 23 ans, arrivé d'Albanie. Vêtu d'un sweat gris, il s'installe devant un recruteur après avoir postulé à plusieurs offres, notamment dans la vente.
Cette année, le salon bat des records de fréquentation. Plus de 700 personnes sont venues passer des entretiens avec les employeurs. Selon les organisateurs, environ 10% des participants avaient trouvé un emploi grâce à cette manifestation lors de l'édition précédente. Un chiffre qui montre l'importance de ces initiatives pour faciliter l'insertion professionnelle des réfugiés.
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«Je n'arrive plus à enseigner»: l'absence d'AESH fragilise l'école inclusive
3/30/2026
En France, ce mardi 31 mars est une journée de grève, dans l’Éducation nationale, contre les suppressions de postes et pour la revalorisation des salaires. Et il n'y aura pas que des enseignants dans la rue. Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (dits AESH) manifestent aussi pour dénoncer l'état de délabrement de la médecine scolaire. Leur rôle est essentiel dans les classes pour permettre l'intégration des enfants avec des troubles d'apprentissage ou des handicaps lourds. En Seine-et-Marne, près de Paris, plusieurs établissements scolaires manquent d'AESH depuis septembre 2025.
Cela fait 30 ans que Cécile est enseignante de CE1. « Cette année, c'est la première fois depuis 30 ans que je pars le matin en me demandant comment je vais faire pour assurer la sécurité de tous les élèves », soupire-t-elle.
Dans sa classe, deux enfants auraient bien besoin du soutien d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap, plus connu sous l'acronyme « AESH ». Mais depuis sept mois, Cécile doit faire sans. Alors, c'est à elle de gérer les situations les plus délicates. « Ponctuellement, je suis confrontée à des crises. Un enfant qui se lève pour en taper un autre, par exemple. Un autre élève en crise s'est enfui de l'école et il a fallu que je le poursuive. Pendant ce temps-là, je laisse ma classe et les élèves seuls, sans surveillance. »
À force de jouer un autre rôle que celui de maîtresse d'école, Cécile dit constater les premiers impacts sur l'ensemble de sa classe : « C'est du temps que je ne vais pas consacrer aux élèves en difficulté d'apprentissage, par exemple. » L'enseignante se dit aujourd'hui épuisée : « Je réclame de l'aide, car je n'arrive plus à enseigner. J'ai vraiment le sentiment de ne pas pouvoir faire mon travail correctement. »
Dans cette circonscription académique, 24 AESH seraient nécessaires pour couvrir les besoins. Faute de personnel, les cas de mutualisation sont fréquents : une AESH s'occupe de plusieurs enfants dans la même journée. Les AESH individuels sont devenus la perle rare, confirme Laure, maman d'un petit garçon de 5 ans. « Elles sont mobilisées pour des situations bien plus dramatiques que celles de mon fils, alors que mon enfant a besoin de cet accompagnement. Il apprendrait d'autant plus s'il avait eu le droit à cet AESH demandé par l'équipe enseignante. »
Ce traitement différencié est, à ses yeux, le symbole d'une école inclusive au bord de la rupture. « De plus en plus d'enfants se retrouvent en situation de handicap dans les écoles grâce à la loi de 2005. Mais pour cela, il faut des moyens, des enseignants et le personnel nécessaire pour encadrer. »
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La difficile pérennisation des embauches
Dans les couloirs du service départemental de l'Éducation nationale, on se dit conscient du problème. « Qu'ils sachent et qu'ils soient persuadés que nous faisons notre maximum », insiste Aline Vo Quang, directrice académique de Seine-et-Marne, qui assure que tous les efforts sont faits pour intensifier les embauches d'AESH. « Jusqu'à présent, nous avions des recrutements une fois par mois ; désormais, nous sommes passés à un format hebdomadaire et nous avons des candidatures. »
Mais le plus difficile est peut-être moins de recruter que de pérenniser les embauches d'AESH. C'est ce que souligne, exemple à l'appui, Isabelle Gabay, chargée de l'éducation et de l'enfance à la ville de Savigny-le-Temple, l'une des communes de la circonscription : « Sur le département, il y a 3 500 AESH pour un volume budgétisé de 3 700. On n'arrive pas à atteindre ce volume d'heures, car certaines AESH démissionnent sitôt recrutées. Elles-mêmes travaillent dans des conditions si difficiles qu'elles craquent littéralement. »
Raison pour laquelle il est nécessaire de revaloriser ce métier, plaide Romain Malher, enseignant et membre du syndicat Force ouvrière : « On demande à ce que ces personnels...
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Endométriose: concilier études, travail et maladie, un défi quotidien pour des milliers de femmes
3/26/2026
Le 28 mars est la Journée mondiale de l'endométriose, une maladie gynécologique inflammatoire chronique qui touche environ 2,5 millions de femmes en France, soit une femme sur dix. Pour celles qui en souffrent, concilier études ou vie professionnelle avec les douleurs et les symptômes invalidants relève souvent du parcours du combattant.
Camille, 21 ans, étudiante, ne connaît plus l'insouciance de son âge. Comme beaucoup de femmes atteintes d'endométriose, elle endure des douleurs intenses qui perturbent son quotidien. « Quoi que je fasse, j'avais du mal à marcher, à me concentrer. Je devais m'allonger par terre à plusieurs reprises pour essayer que ça passe un peu », confie-t-elle. Se concentrer en cours ou pendant un examen devient un calvaire quand la douleur donne l'impression « qu'on est en train de nous arracher le ventre ». Pour elle, comme pour des milliers d'autres en France, chaque journée est une épreuve.
Élodie Gomez, hôtesse d'accueil et caissière dans un hypermarché, partage ce vécu. Derrière son sourire professionnel se cache une souffrance continue. « C'est vraiment une douleur ignoble, explique-t-elle. J'ai des vomissements, des étourdissements. Quand je me sens mal, je le signale à ma cheffe et je reste à l'accueil. On me laisse gérer, mais eux ne peuvent rien faire. » Pour ces femmes, la maladie impose un rythme épuisant, entre douleurs physiques et charge mentale.
Le groupe Carrefour a un dispositif spécial pour les femmes souffrant d'endrométriose
Certaines entreprises commencent cependant à prendre conscience de ces difficultés. Depuis 2023, le groupe Carrefour a mis en place un dispositif pour accompagner ses salariées atteintes d'endométriose. Stephen Bompard, directeur du pôle inclusion et diversité du groupe, explique cette démarche : « Nous avons considéré qu'il fallait apporter une réponse en ouvrant de nouveaux droits. Nous autorisons désormais une absence d'une journée par mois, pendant chaque cycle, pour les femmes souffrant de douleurs intenses. L'objectif est de leur permettre de rester chez elles pendant ces périodes compliquées, sans pression, et de réduire leur charge mentale. »
Ce dispositif représente douze jours d'absence par an, un changement majeur pour Élodie Gomez. « Ça va être un soulagement, dit-elle. Avant, quand j'allais chez le médecin, on me mettait trois jours d'arrêt d'office. Là, c'est un seul jour, et des fois, je n'ai même pas besoin de trois jours. Je sais que si je ne suis pas bien, je peux rester chez moi sans perdre d'argent. »
Encore peu d'aménagements spéciaux dans les entreprises
Pourtant, le chemin vers la reconnaissance de la maladie reste semé d'embûches. En moyenne, il faut sept ans, voire plus, pour obtenir un diagnostic. Et une fois celui-ci posé, en parler n'est pas toujours facile. Camille le résume avec amertume : « C'est une double peine. Il y a d'abord ce que l'on ressent, puis les réflexions de l'entourage qui nous disent de prendre sur nous. Le personnel éducatif n'est pas toujours compréhensif, et c'est une sphère intime. Je ne suis pas toujours à l'aise d'avouer à mes professeurs que je ne viendrai pas en cours parce que j'ai trop mal au ventre à cause de l'endométriose. Mais je dois le faire, car c'est souvent la seule façon d'être comprise et qu'on accepte mon absence. »
Même si le tabou autour de l'endométriose commence à se lever, les initiatives comme celle de Carrefour restent rares. Peu d'entreprises ont mis en place un congé menstruel ou des aménagements spécifiques pour accompagner leurs salariées. Pourtant, pour des milliers de femmes, ces mesures pourraient faire la différence, entre un quotidien supportable et une lutte permanente contre la maladie.
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